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Jardins communautaires : quand la terre soigne aussi les liens

  • Photo du rédacteur: Fédération liens sociaux
    Fédération liens sociaux
  • 11 sept.
  • 4 min de lecture

Dans un monde où la santé est trop souvent réduite à une affaire individuelle, les jardins communautaires apparaissent comme des laboratoires discrets mais puissants de santé sociale. Ces espaces partagés, souvent nichés au cœur de quartiers populaires, accueillent des publics variés : réfugiés, personnes âgées, détenus, jeunes, personnes en situation de handicap, ou encore habitants isolés.


Loin d’être de simples parcelles de culture, ils constituent de véritables écosystèmes de lien social et de rétablissement psychique.


Des preuves scientifiques solides

Une revue de portée internationale menée par Rade Zinaic et ses collègues (Exploring the impact of community gardens on mental health, 2025) a analysé 22 études conduites aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni, en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Japon, en Espagne, au Portugal et à Singapour.


Leur conclusion est limpide : participer à un jardin communautaire améliore significativement le bien-être mental, en particulier pour les personnes les plus vulnérables. Quatre grands mécanismes expliquent cet effet :


  • Connexion sociale : les jardins tissent des liens de réciprocité, rompent l’isolement et favorisent le sentiment d’appartenance. Chez les personnes réfugiées, ils recréent même un fil avec la culture d’origine et facilitent l’adaptation.


  • Apprentissage collaboratif : transmission de savoirs horticoles, culinaires ou organisationnels, entraide intergénérationnelle et interculturelle, développement de compétences transférables.


  • Empowerment psychologique et collectif : regain d’estime de soi, sentiment d’utilité sociale, nouvelles perspectives professionnelles, lutte contre les stigmates et les inégalités.


  • Connexion à la nature : contact sensoriel avec le vivant, restauration psychique, diminution du stress et de l’anxiété, plaisir esthétique et conscience écologique accrue.


Ces effets dépassent largement la dimension nutritionnelle : ils agissent sur les déterminants sociaux de la santé mentale, en créant des environnements protecteurs et inclusifs.


Le cas exemplaire du « Jardin de la Rencontre »

À Traiskirchen, en Autriche, un terrain vague jouxtant un centre de demandeurs d’asile a été transformé en 2016 en jardin communautaire : le Garten der Begegnung (« Jardin de la Rencontre »).


Chaque semaine, réfugiés et habitants locaux y cultivent ensemble fruits, légumes et herbes. La récolte est partagée : un tiers vendu, un tiers donné au marché social, un tiers distribué aux jardiniers. Au-delà du potager, le lieu accueille des repas collectifs, de l’aide administrative, des ateliers de langue, un espace de sport, un atelier de menuiserie et de couture.


Ce projet illustre à merveille ce que montre la littérature scientifique :

– un cadre apaisant et structurant pendant l’attente du statut d’asile,

– une reconstruction de l’estime de soi et de l’initiative,

– un ancrage social durable qui facilite l’intégration, y compris professionnelle.


Un récent article de Reasons to be Cheerful souligne qu’en 2021, près de 400 projets similaires existaient déjà en Allemagne et que des initiatives analogues se déploient aux États-Unis, à Chicago ou à Ann Arbor.


Jardiner pour retisser le lien social

Si les jardins communautaires favorisent le bien être, c’est avant tout parce qu’ils tissent une trame dense de relations sociales, un antidote puissant à l’isolement et à la fragmentation des liens. La revue de littérature publiée et l’expérience du Garten der Begegnung à Traiskirchen (Autriche) montrent comment ces espaces partagés favorisent le développement de réseaux sociaux diversifiés et solidaires.


Créer des ponts entre des mondes sociaux éloignés

Les jardins communautaires rapprochent des personnes qui ne se seraient jamais rencontrées autrement : femmes isolées, personnes âgées, jeunes en difficulté, personnes en situation de handicap, personnes réfugiées ou immigrées. Ces contacts, fréquents et informels, permettent de briser les cloisons sociales et d’ouvrir de nouvelles opportunités relationnelles.


Tisser des liens de réciprocité et de coopération

Ces espaces fonctionnent sur un principe d’échange mutuel : partage de savoir-faire horticoles et culinaires, d’outils, de graines, de plants, et bien sûr de récoltes. À Traiskirchen, un tiers de la production est donné à un marché social, un tiers vendu pour financer le projet et un tiers offert aux participants — un système qui valorise l’engagement de chacun tout en nourrissant les autres.


Rompre l’isolement et élargir les réseaux

Pour les personnes âgées, les jardins représentent une porte d’entrée vers de nouveaux cercles sociaux après la retraite. Pour les demandeurs d’asile, ils offrent un cadre structurant pour « ne pas rester assis à ne rien faire » et entrer en relation avec la communauté d’accueil. Dans les deux cas, ces espaces agissent comme filets relationnels.


Construire des communautés intégrées et fluides

Les études décrivent les jardins comme des espaces à rôles sociaux poreux : on y peut à la fois travailler et converser, écouter et transmettre, produire et prendre soin. Cette plasticité favorise l’inclusion : chacun peut y trouver sa place, quelle que soit son expérience ou ses capacités.


Tisser des connexions culturelles et interculturelles

Pour les personnes migrantes, jardiner permet de recréer un fil avec leur culture d’origine en cultivant des plantes familières, tout en échangeant souvenirs et techniques. Le Garten der Begegnung mêle herbes locales et gandana afghan, incarnant cette continuité culturelle et ce métissage apaisé.


Faciliter l’intégration et l’adaptation

Le jardin devient aussi un sas d’acculturation : on y apprend la langue, les codes sociaux et les démarches administratives. Les échanges informels fournissent un soutien social concret et aident à naviguer dans les services publics malgré les barrières linguistiques.


Offrir un espace d’écoute et de soutien émotionnel

Les participants décrivent les jardins comme des espaces sûrs, de soin mutuel, où l’on peut parler de ses difficultés et recevoir de l’attention : « Si nous constatons que quelqu’un est malade, nous sommes là pour lui », explique Gholam Mohammadi, l’un des jardiniers de Traiskirchen.


Une piste stratégique pour la France


Dans un contexte français marqué par l’érosion des liens de proximité et l’accroissement des inégalités sociales, les jardins communautaires offrent un outil concret et éprouvé pour renforcer la santé sociale.


Ils pourraient être intégrés plus systématiquement :

  • aux politiques locales de santé publique

  • aux programmes de renouvellement urbain, pour créer des espaces de rencontre dans les quartiers denses

  • aux dispositifs d’accueil et d’insertion des publics vulnérables (jeunes, personnes âgées, personnes migrantes), comme leviers de socialisation et de rétablissement.


Source : Zinaic, R., Correa, T., Etowa, E., Owolabi, R., Bhatt, Y., & Wong, J. P. (2025). Exploring the impact of community gardens and community kitchens on mental health : a scoping review. Wellbeing Space And Society, 100263. https://doi.org/10.1016/j.wss.2025.100263


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