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Connectés mais seuls : pourquoi le ressenti prime sur la présence réelle dans la prévention de la dépression chez les jeunes

  • Photo du rédacteur: Fédération liens sociaux
    Fédération liens sociaux
  • il y a 12 heures
  • 3 min de lecture

Dans nos actions de prévention, nous avons souvent le réflexe de penser que la solution au mal-être est de "sortir les jeunes de leur isolement" en multipliant les interactions sociales. Une étude récente et majeure remet en question ce paradigme : être entouré ne suffit pas. Décryptage d'un paradoxe inquiétant, celui du jeune "connecté mais seul".


Nous nous appuyons ici sur une étude longitudinale récemment publiée dans le Journal of Affective Disorders (Wong et al., 2026), menée auprès d’une cohorte épidémiologique de 1660 jeunes à Hong Kong. La force de cette recherche réside dans sa méthodologie : les chercheurs ont suivi ces jeunes sur une période d'un an pour observer l'apparition de nouveaux épisodes dépressifs majeurs (EDM). Ils ont distingué deux concepts souvent confondus :

  • La solitude (subjective) : Le sentiment douloureux de décalage entre les relations désirées et les relations vécues (mesuré par l'échelle UCLA).

  • L’isolement social objectif : Des indicateurs factuels comme la fréquence des contacts en face-à-face, les interactions à distance et la taille du réseau de confidents.


Résultat majeur : La solitude prédit la dépression chez les jeunes, pas l'isolement


Les résultats sont sans appel. Après ajustement des facteurs confondants, seule la solitude subjective élevée prédit de manière significative l'apparition d'un nouvel épisode dépressif un an plus tard (avec un risque multiplié par 2,3).


À l'inverse, aucun des trois indicateurs d'isolement social objectif (ne voir personne, ne pas avoir d'interactions numériques, avoir peu de confidents) n'a montré d'association significative avec l'apparition de la dépression dans les modèles multivariés.


Le paradoxe du profil « Connecté mais seul »


L'enseignement le plus crucial pour nos interventions est la mise en évidence d'un groupe à haut risque : les « Solitaires-Connectés ». Ce sont des jeunes qui disposent d'un réseau social apparemment solide et d'interactions fréquentes, mais qui se sentent tout de même seuls.


L'étude révèle que :

  • Ce profil présente le risque le plus élevé de développer une dépression, bien plus que ceux qui sont objectivement isolés.

  • Par exemple, un jeune ayant un réseau de soutien "fort" (beaucoup d'amis/confidents) mais se sentant seul a 4 fois plus de risques (OR = 4.09) de sombrer dans la dépression qu'un jeune connecté et épanoui.

  • Étonnamment, le groupe "Solitaire-isolé" (ceux qui se sentent seuls et ne voient personne) ne montre pas d'association claire avec l'apparition de la dépression dans cette étude, suggérant que la discordance entre l'apparence sociale et le vécu intérieur est le facteur le plus toxique.


L'étude confirme également que la relation n'est pas simplement bidirectionnelle. La solitude prédit l'apparition de la dépression, mais avoir vécu un épisode dépressif ne prédit pas nécessairement l'apparition ultérieure d'un sentiment de solitude chez ceux qui ne l'éprouvaient pas avant. Cela fait de la solitude un facteur de risque primaire sur lequel il faut agir en amont.


Enseignements pour nos projets et actions

Ces données devraient nous amener à faire évoluer nos stratégies d'intervention :


1. Dépasser la logique du "remplissage social"

Augmenter simplement la fréquence des contacts (en présentiel ou à distance) ne suffit pas à protéger la santé mentale. Créer des événements pour que les jeunes "se voient" est inutile si ces interactions ne sont pas perçues comme signifiantes.

Action : Privilégier la qualité des liens plutôt que la quantité des participants.


2. Repérer le mal-être invisible

Le jeune le plus à risque n'est pas forcément celui qui reste seul dans son coin, mais peut-être celui qui est hyper-connecté, entouré, mais dont les besoins émotionnels ne sont pas comblés.

Action : Ne pas utiliser l'intégration sociale apparente (nombre d'amis, popularité) comme unique baromètre de santé mentale.


3. Agir sur les cognitions (la perception des liens)

Puisque le problème est une "discordance perçue", l'intervention doit être psychologique et cognitive. Il conviendrait d'aider les jeunes à modifier leurs attentes relationnelles et à corriger leurs biais d'interprétation (par exemple, cesser d'interpréter une absence de réponse immédiate comme un rejet).

Action : Intégrer des ateliers sur les compétences socio-émotionnelles et la restructuration cognitive dans nos programmes, plutôt que de se limiter à de l'animation sociale et à de l'occupationnel.


Pour conclure

Pour imager ces résultats, nous pourrions dire que l'isolement social est comme se trouver dans un désert : le manque est visible. La solitude du jeune connecté, elle, s'apparente à être naufragé en plein océan : il y a de l'eau partout autour (des interactions sociales), mais elle n'est pas potable (les relations ne sont pas nourrissantes). C'est cette abondance apparente, masquant une détresse intérieure, qui s'avère aujourd'hui la plus dangereuse pour la santé mentale de nos jeunes.


Source : Wong, S. M. Y., Suen, Y. N., Hui, C. L. M., Lee, E. H. M., Chan, S. K. W., & Chen, E. Y. H. (2025). Connected yet lonely : Prospective influences of loneliness and varying degrees of social connection and isolation on the new onset of major depressive episodes in young people. Journal Of Affective Disorders, 398, 120909. https://doi.org/10.1016/j.jad.2025.120909




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